
(Dans un compartiment, un homme et une femme,l'un assis devant l'autre, s'entretiennent; l'homme regarde dehors à travers la vitre.)
Homme: tu sais lorsque je te parle,c'est pas dans mes habitudes de te regarder dans les yeux.
Femme: je le sais,je le savais,tu a toujours évité mon regerd, tu a toujours voulu te montrer indifférent .
La première fois,tu t'en souviens?dans le bazar du Caire,que tu m'as pris la main,je t'ai regardé et tu n' as fait semblant de rien;tu as continué à marchander un pyjama avec un marchand ambulant.
Homme:Mais on se connaissait depuis notre enfance.
Femme:Mais c'était la première fois que tu me prenais la main.
Homme:Et qu'est-ce que j'aurais dû faire?
Femme:Me regarder dans les yeux.Lorsqu'on se prend la main pour la première fois,on commence pas à marchander un pyjama.
Homme:Mais tu sais...
La femme l'interrompt brusquement d' un éclat de rire ironique:Moi,je le sais,je le savais,c'est pas dans tes habitudes ...j'en ai marre.
(L'homme baisse la tête et se met à mâchonner avec nervosité sa moustache.)
Femme:D'ailleurs, même lorsq'on se réunissait en petit comité dans un café, tu étais toujours celui qui ne connaissais pas le credo de politesse; tu allais t'amuser à t' entretenir avec Michel ,le patron du café,dans un coins de la salle, des aubergines qu'il cultivait dans son petit jardin.
La tête baissé,l'homme se frotte les mains:D'accord, tu as raison.Mais tu peux pas imaginer que je t'aimais depuis toujours et quand même j'avais pas le courage de le manifester.Tu te souviens du moment où on se réunissait sur la terrasse d'un restaurant?Tu étais toujours entourée de nos camarades ;moi,sous prétexte d'acheter un paquet de cigarettes ou un journal, je me retirais du groupe,j'allais me promener au hazard et je ne revenais qu'assez tard...mais,crois-moi,je brûlais alors de te parler,de te regarder et quand mêm quelque chose d' indéfinissable me pousser à être détestable plutôt qu' à être aimé et...mais quand même je t'aimais sans toutefois pouvoir te révéler ma profonde affection pour toi.
Femme:Je comprends pas,lorsqu'on était ensemble,j'étais au paradis, j'étais ravie d'être au centre d' attention;tout le monde enviait de captiver mon regard mais quand même tu évitais mon regard comme maintenant.
Homme:Mais j'aimais pas ton paradis,non plus ses habitants,quand même si j'étais là,tu aurais été sans doute la cause.
Femme:Tu es méchant avec cet emploi du conditionnel passé.
Homme:tu as raison; si j'étais là,tu étais sans aucun doute la cause.
(Un faible sourire apparaît sur les lèvres de la femme):Merci.
Homme:Excuse-moi ,je voulais jamais dévoiler mes sentiments,je préférais les garder en moi jusqu'à l'instant suprême,comme un cadeau qu'on donne à quelqu'un et son essence reste caché jusqu'au dernier moment.
Femme:Mais qu'est-ce que tu entends par l' instant suprême?
L'homme d' un air peu sérieux:Je t'ai jamais parlé de ma propre parabole?
La femme avec un air assez ironique:Ô sage! Parle –moi de ta propre parabole.
L'homme maintenant assez sérieux:On est tous comme les membres d'une caravane et chacun en sépare à un endroit particulier et de toute façon la caravane fait sa route , l'instant suprême c'est lors de la séparation définitive.
La femme d'un air confondu:Tu parles bizarrement et cela me fait peur.
Homme:Excuse-moi.
Femme:pourquoi?
Homme:Pour te faire peur.
Femme:Je t'en veux pas .
Homme:Je ne dis pas que tu m'en veux.
Femme:Donc?
Homme:Rien,rien.
Femme:Aujourd'hui tu es assez bizarre.
Homme:Non.
Femme:Si,si...
Homme:D'accord,si tu veux...
Femme:je ne veux rien que tu sois clair, que tu me dises ce que tu veux me dire sans compliquer tellement les choses;l'instant suprème, cadeau, caravane, leur rapport avec tes sentiments, je ne comprends rien de tout cela...
(L'homme ne dit rien .)
Femme:J'ai peur Rambert[1], tu comprends? J' ai simplement peur .
Homme:Je te fais peur et quand même tu m' en veux pas...Dora[2],maintenant tu es bizarre.
Femme:Tu me fais peur sans que je puisse t' en vouloir...
(quelques secondes de silence)
Femme:Lorsqu' on était enfants, nous, les petites filles, avions peur de toi, avec ton cimeterre de bois ... visage masqué, tu criais, jouais au bandit... on criait aussi et tu nous poursuivais...
Homme:Je m'intéressais à toi, je courais après les filles parce que tu étais entre elles.
Femme:Et tu finissais toujours par me pendre par la manche, je criais, j'essayais de me débarasser de toi, mes camarades s' arrêtaient à nous regarder...et tu me regeardais à travers les trous de ton masque.
(Les coins des lèvres de l' homme commencent à prendre la forme d' un sourire à peine perceptible; le
train a commencé à ralentir, on entend les sifflements plaintifs du train; l' homme regarde fixement la femme , met son chapeau et se lève)
Homme:Je te souhaite bonne chance.
Femme:On se revoit n'est-ce pas?
(L'homme regarde fixement la femme):Adieu.
rideau
Vahid
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