lundi 30 avril 2007

L'inconnu le plus connu


La première partie :
"Pièce en un seul acte, une seule scène"
(Tout seul, un jeune homme assis sur une chaise, au coin d'un bistro, devant lui, un verre vide sur lequel le jeune homme a fixé depuis peu ses yeux.)
_ Le jeune homme : (au garçon) apportez-moi un autre verre, s'il vous plaît.
_ Garçon : (sèchement) entendu.
_ Le jeune homme : (à part) Que je la haie et je n'aime plus la revoir… (Après un temps, toujours à part) merde à vie ! C'est très bizarre, que l'amour et la haine confinent indistinctement! Un jour deux personnes s'aiment passionnément à point que l'un d'eux ne peut pas vivre sans autrui et un autre jour l'un de ces deux personnes se dégoûte de l'autre…
(Entre-temps un homme élégamment vêtu entre dans le bistro et se dirige directement vers ce jeune homme)
_ Inconnu : bonjour monsieur, pourrais-je m'asseoir à votre table ?
_ Le jeune homme : (noyé dans ses réflexions) bien sûr, asseyez-vous.
(Un long silence)
(Le jeune homme est a bandoné dans ses rêveries ; l'inconnu se met à parler.)
_ Inconnu : je sais bien qu'il y a des tables inoccupées; mais si je ne vous dérange pas, je préfère m'y installer.
_ Le jeune homme : (avec beaucoup d'étonnement) non, non. Pas de tout. Je suis tout à fait à l'aise. Mais je ne sais pas pourquoi vous avez dit cela ?
_ Inconnu : parce que vous avez l'air…
_ Le jeune homme : (lui coupant la parole, un peu pressé) oui, vous avez raison. J'étais un peu plongé dans mes pensées. J'ai sans doute l'air d'un enfant perdu dans un bazar bien peuplé et je ne sais pas ce que je dois faire pour rentrer chez moi. De toute façon, soyez sûr. Vous ne me dérangez pas du tout.
_ Inconnu : merci. En effet, je voulais seulement m'assurer.
_ Le jeune homme : (au garçon): apportez un verre bien rempli à monsieur, s'il vous plaît.
_ Inconnu : (avec calme) non, merci. Je n'en prends pas. (Après une petite pause) apportez-moi une petite bouteille d'eau minérale, s'il vous plaît.
_ Le jeune homme : oh, monsieur. Vous êtes au régime. Mais pourquoi ? Apparemment vous êtes en pleine santé.
_ Inconnu : (même jeu) vous avez certainement raison. Mais je suis un peu prudent. Voilà, tout !
_ Le jeune homme : comme vous voulez ! (À part) et tu dois aussi remplacer tes vêtements d'apparat par un pyjama rayé. Ainsi, cela correspond à ce que tu viens de commander.
_ Inconnu : ha, ha, ha ! Vous avez de l'esprit. (Changeant de ton : toujours calme) mais vous savez, les boissons alcoolisées ne me plaisent pas du tout et en outre, je tiens toujours à être lucide.
_ Le jeune homme : (stupéfait) vous m'avez fait peur. Avez-vous le don de lire ma pensée ? (Un silence) non, ce n'est pas possible !
_ Inconnu : (souriant) bien sûr que non. Je l'ai devinée tout simplement. (Un silence et amical) à propos, si je vous invite à une réception, en petite comité, vous acceptez ?
_ Le jeune homme : (un peu étonné) si vous voulez mais je dois vous dire que cela me semble un peu bizarre; puisqu'on ne s'est pas déjà vus et quand même vous m' invitez chez vous.
_ Inconnu : ne vous étonnez pas ! (D'un ton un peu étrange) moi, je vous connais et je vous ai déjà vu. Mais, c'est totalement naturel que vous ne m'ayez jamais vu, puisque je ne suis pas d'ici et c'est la première fois que je m'y suis rendu.
_ Le jeune homme : (avec un grand étonnement) donc, comment vous m'avez déjà vu, alors que je ne suis pas sorti de cette ville et aussi vous n'y étiez jamais ?
_ Inconnu : votre logique n'est pas la seule qui puisse résoudre les problèmes et n'essayez pas d'aborder toute difficulté moyennant la vôtre. Si vous avez de la patience, je vous dirai après ! Sinon… (Un silence)
à suivre...
steppenwolf

Dans un compartiment



(Dans un compartiment, un homme et une femme,l'un assis devant l'autre, s'entretiennent; l'homme regarde dehors à travers la vitre.)
Homme: tu sais lorsque je te parle,c'est pas dans mes habitudes de te regarder dans les yeux.
Femme: je le sais,je le savais,tu a toujours évité mon regerd, tu a toujours voulu te montrer indifférent .
La première fois,tu t'en souviens?dans le bazar du Caire,que tu m'as pris la main,je t'ai regardé et tu n' as fait semblant de rien;tu as continué à marchander un pyjama avec un marchand ambulant.
Homme:Mais on se connaissait depuis notre enfance.
Femme:Mais c'était la première fois que tu me prenais la main.
Homme:Et qu'est-ce que j'aurais dû faire?
Femme:Me regarder dans les yeux.Lorsqu'on se prend la main pour la première fois,on commence pas à marchander un pyjama.
Homme:Mais tu sais...
La femme l'interrompt brusquement d' un éclat de rire ironique:Moi,je le sais,je le savais,c'est pas dans tes habitudes ...j'en ai marre.
(L'homme baisse la tête et se met à mâchonner avec nervosité sa moustache.)
Femme:D'ailleurs, même lorsq'on se réunissait en petit comité dans un café, tu étais toujours celui qui ne connaissais pas le credo de politesse; tu allais t'amuser à t' entretenir avec Michel ,le patron du café,dans un coins de la salle, des aubergines qu'il cultivait dans son petit jardin.
La tête baissé,l'homme se frotte les mains:D'accord, tu as raison.Mais tu peux pas imaginer que je t'aimais depuis toujours et quand même j'avais pas le courage de le manifester.Tu te souviens du moment où on se réunissait sur la terrasse d'un restaurant?Tu étais toujours entourée de nos camarades ;moi,sous prétexte d'acheter un paquet de cigarettes ou un journal, je me retirais du groupe,j'allais me promener au hazard et je ne revenais qu'assez tard...mais,crois-moi,je brûlais alors de te parler,de te regarder et quand mêm quelque chose d' indéfinissable me pousser à être détestable plutôt qu' à être aimé et...mais quand même je t'aimais sans toutefois pouvoir te révéler ma profonde affection pour toi.
Femme:Je comprends pas,lorsqu'on était ensemble,j'étais au paradis, j'étais ravie d'être au centre d' attention;tout le monde enviait de captiver mon regard mais quand même tu évitais mon regard comme maintenant.
Homme:Mais j'aimais pas ton paradis,non plus ses habitants,quand même si j'étais là,tu aurais été sans doute la cause.
Femme:Tu es méchant avec cet emploi du conditionnel passé.
Homme:tu as raison; si j'étais là,tu étais sans aucun doute la cause.
(Un faible sourire apparaît sur les lèvres de la femme):Merci.
Homme:Excuse-moi ,je voulais jamais dévoiler mes sentiments,je préférais les garder en moi jusqu'à l'instant suprême,comme un cadeau qu'on donne à quelqu'un et son essence reste caché jusqu'au dernier moment.
Femme:Mais qu'est-ce que tu entends par l' instant suprême?
L'homme d' un air peu sérieux:Je t'ai jamais parlé de ma propre parabole?
La femme avec un air assez ironique:Ô sage! Parle –moi de ta propre parabole.
L'homme maintenant assez sérieux:On est tous comme les membres d'une caravane et chacun en sépare à un endroit particulier et de toute façon la caravane fait sa route , l'instant suprême c'est lors de la séparation définitive.
La femme d'un air confondu:Tu parles bizarrement et cela me fait peur.
Homme:Excuse-moi.
Femme:pourquoi?
Homme:Pour te faire peur.
Femme:Je t'en veux pas .
Homme:Je ne dis pas que tu m'en veux.
Femme:Donc?
Homme:Rien,rien.
Femme:Aujourd'hui tu es assez bizarre.
Homme:Non.
Femme:Si,si...
Homme:D'accord,si tu veux...
Femme:je ne veux rien que tu sois clair, que tu me dises ce que tu veux me dire sans compliquer tellement les choses;l'instant suprème, cadeau, caravane, leur rapport avec tes sentiments, je ne comprends rien de tout cela...
(L'homme ne dit rien .)
Femme:J'ai peur Rambert[1], tu comprends? J' ai simplement peur .
Homme:Je te fais peur et quand même tu m' en veux pas...Dora[2],maintenant tu es bizarre.
Femme:Tu me fais peur sans que je puisse t' en vouloir...
(quelques secondes de silence)
Femme:Lorsqu' on était enfants, nous, les petites filles, avions peur de toi, avec ton cimeterre de bois ... visage masqué, tu criais, jouais au bandit... on criait aussi et tu nous poursuivais...
Homme:Je m'intéressais à toi, je courais après les filles parce que tu étais entre elles.
Femme:Et tu finissais toujours par me pendre par la manche, je criais, j'essayais de me débarasser de toi, mes camarades s' arrêtaient à nous regarder...et tu me regeardais à travers les trous de ton masque.
(Les coins des lèvres de l' homme commencent à prendre la forme d' un sourire à peine perceptible; le
train a commencé à ralentir, on entend les sifflements plaintifs du train; l' homme regarde fixement la femme , met son chapeau et se lève)
Homme:Je te souhaite bonne chance.
Femme:On se revoit n'est-ce pas?
(L'homme regarde fixement la femme):Adieu.

rideau


Vahid


[1] -J'ai emprunté ce nom à ((La Peste)) de Camus,le journaliste du roman.
[2]-Je dois ce nom aussi à ((Les Justes)) de Camus, le personnage féminin de la pièce.

samedi 28 avril 2007

Les index de Dieu


On -lorsque je dis ((on)), je veux dire mon ami steppenwolf et moi-alla aux alentours de Tootchal, comme toujours, par mesure de précaution, j'avais sur moi mon parapluie hospitalier; un objet n'est hospitalier que lorsque son possesseur l'est, et cett hospitalité humanitaire a fait bel et bien rougir les jeunes filles de mon pays, il y eut des fois où dans un arrêt d'autobus j'abritai, par des jours de pluie évidemment,une jeune fille alors qu'aussitôt après je me heurtai à une réaction pas si affectueuse à quoi on s'y attend dans des circonstances pareilles.
Sur notre trajet, on aperçut un paysage quasi hivernal dans le lointain, sur un versant - vous pouvez voir sa photo ci-dessus- on s' arrêta et parapluie à la main, je commençai à fumer ma pipe; j'ai promis à ma mère de ne plus jamais fumer, ma mère, la seule personne qui se soucie de ma santé, et quand même dans cette promesse absolue, je vois une certaine relativité; je fumais et regardais ce paysage à côté duquel les gens passaient en toute hâte pour arriver à un endroit qui pourrait leur donner de la paix, de la chaleur et...
On était tous les deux sous le même parapluie ; steppenwolf ne prend jamais son parapluie puisqu'il n'en a pas, il dit toujours(( je n'aime pas le parapluie.)) ;et quand même chaque fois qu'il pleut il vient sous mon parapluie; je fumais et on parlait de ce qui se dressait devant nous : ce paysage qui nous faisait penser aux peintures japonaises...
Ma cérémonie de pipe terminée-je vois toujours une sorte de cérémonie indienne dqns le geste de fumer ma pipe- je fis un demi-tour; l'habitude instinctive qui est en commun entre l'homme et les animaux: regarder en arrière, et pourquoi en arrière? Du fait que c'est l'endroit qui est inconnu de nous; que c'est l'endroit qui reste,dirait-on, toujours dans l'obscurité de notre conscience - et alors je m'aperçus qu'une dizaine de personnes ,juste derrière nous, étaient en train de regarder ce paysage...
On était pleins de joie et de bonheur, on réussit à attier l'attention accoutumée des passants sur ce qu'on eut découpé (voir l'idée de découpage dans Andreî Tarkovski...) de la nature montagneuse...
Et sans laisser de trace, on-les index de Dieu- partit...
Tout le reste du trajet, on chantait à haute voix mon air favori:((Mara bébusse))

vahid

dimanche 15 avril 2007

Quartier Latin, Anarchisme et pipe


Il y a quelque dix jours, dans le Quartier Latin, je rencontrai un homme de presque trente ans, il était assis sur le banc ; et les jambes écartées, il fumait sa pipe; en fait, je venais de partager son banc...j’entammai un dialogue avec lui et pendant notre long entretien, je m’aperçus qu’il était un anarchiste zélé- ce qui me grandement plût- je lui demandai son avis sur l’anarchisme, ce qui vient, c’est ce que j’ai retenu de ce dialogue :

Moi : Qu’est-ce que vous entendez par l’anarchisme?
L’homme : Ce que j'entends moi-même par l'anarchisme, c'est une façon de penser et évidemment de vivre qui consiste à contester, à avoir le courage de dire Non et ce Non -en ce qui me concerne- c’est ma devise anarchique.
Moi : Mais ce Non s'dresse à qui ou à quoi?
L’homme : Ce Non perturbant, c'est une bombe ou une dynamite que j'ai lancée dans ma tête, depuis il y a longtemps, sous les fondements des dogmes qui me sont arrivés héréditairement; je ne suis pas le perturbateur de la société, je suis le perturbateur de ma propre existence déjà préconçue par ma société, ma famille et tout ce qui m’entoure ; je suis anarchiste puisque je veux- je dis avec la plus grande désinvolture possible ((veux)) et j’évite de dire (( voudrais))- me faire le CREATEUR de Moi-même.
Je suis anarchiste puisque j’essaie de redéfinir toutes les notions qui sont sueptibles d’orienter le sens de ma vie, des notions telles que Dieu, mort, religion, au-delà, dignité, vie, politique, pain, affection...
Moi : Donc, vous vous croyez anarchiste à cause de vos redéfinitions éventuellement audacieuses des notions.
L’homme : Absolument, il y a quelques années, je lisais les entretiens d’un théologue chrétien et un intellectuel laïque sur des sujets variés; en matière de religion, je me rappelle très bien, le théologue lui demande :(( vous ne croyez pas en Dieu, n’est-ce pas ?)) et l’ intellectuel laïque lui répond : ((je crois pas en un Dieu barbu)) ; et si on me demande pour quelle raison je me crois anarhiste, je dirai puisque je ne crois pas en un Dieu barbu ; voilà ce point de départ dans le processus de la redéfinition de Dieu .

Au fil de notre causerie, il me révéla qu’il était un écrivain et j’étais intéressé à savoir s’il serait resté un anarchiste dans ce qu’il avait écrit et sa réponse m’étonna :

L’homme : Dans mes écrits je ne cherche pas à dévoiler ce Non anarchique_ puisque je suis pas un propagandiste, je suis un scripteur qui cherche à regarder, à penser et à vivre tout autrement que les autres, et justement cette tâche : chercher à être autre que toute autre personne, c’est ce qui engendre l’anarchie dans un système de fourmis ; dans un système de fourmis , si un ouvrier se soucie de son individualité et s’il veut détruire son éxistence préconçue et se faire le CREATEUR de lui-même, il est nuisible et il sera exclu de sa communauté_ bien au contraire, là (dans mes écrits) je cherche un terrain d’entente , des points de convergeance avec mes lecteurs et non pas une rupture avec eux ; je souligne cette remarque que l’anarchisme _ auquel je me crois fidèle _ comme toute autre idée doit tout d’abord se dégager à travers le trajet parcouru de son partisan : sa vie. Sinon ce ne serait qu’une prétention vaine et absurde, je plaide la cause d’une vie idéaliste, une vie qui cherche à réaliser une idée !

On parla beaucoup et il ne cessait de fumer sa pipe ; dans l’après –midi, on se sépara et je le regardai s’éloigner comme une locomotive qui laisse une nuée de fumée derrière elle .

Vahid

mardi 3 avril 2007

Tragédie du printemps






Je dis :(( ô Dieu déchire ton silence inexorable)) et les épines se mirent en fleurs :




En printemps, j’étais toujours amoureux, je pensais toujours à quelqu’un que j’aimais tellement, une jeune fille frivole, terre à terre, assez souvent bavarde et ...belle; ses défauts, sa frivolité, sa légèrté et sa coquetterie me paraissaient des qualités indiscutables, je retrouvais en elle tout ce qui me manquait : la joie, les éclats de rire, la vivacité, la fraîcheur et la frivolité dont j’avais tellement besoin; la frivolité, le seul divertissement qui vienne encore à mon secours pour me tirer du néant où je suis lancé et délaissé.
Je ne révélai jamais mon amour à personne, mon amour était entièrement taciturne; j’étais aussi indifférent à l’égard de celle que j’aimais que si je ne l’aimais pas, que si même je ne la connaissais pas.
En printemps, ma raison ne fonctionnait plus, elle tombait en panne; comme un ascenseur sur la porte duquel on colle un écriteau annonçant l’arrêt de son fonctionnement, mon allure, mon comportement et tout en moi devenaient ceux d’un ivrogne; mon existence commençait à se révéler à Moi ; elle se mettait à chanceler- comme le feu qu’on fait en pleine nuit, à la montaigne et la flamme en est attisée par le vent qui la fait danser- elle se mettait à danser, je dansais ; JE tournais et TOUT se mettait à tourner autour de moi : la terre, la lune, le soleil, la galexie, les corbeaux qui passaient avec hébétude, les arbres jusqu’alors immobiles dont les branches étant comme les mains relevées d’un religieux dans le ciel pour solliciter la grâce divine, cherchaient la lumière, tout, tout...
En printemps je tombais amoureux d’une jeune frivole que je ne qualifias pas de frivole, mais d’éthérée. Que j’étais fou, en printemps ma raison ne fonctionnait plus.
Au fil de l’année, je redevenais moi-même, automnal, hivernal, froid, circonspect et sage ; je ne dansais plus, je me repliais de plus en plus sur moi-même; je redevenais moi-même, hivernal...

Vahid.Gh